jeudi 10 février 2011

Massacre à la tronçonneuse (1974) Tobe Hooper

Alors Droogie, si on parlait un peu de Massacre à la tronçonneuse ? Pas le remake hyper convenu de Nispel, non ! Mais de l'original de papy Hooper ! Oui ? Aaah ! T'es cool comme type, décidément...
Je sais. C'est après une censure colossale un peu partout dans le monde que ce chef-d'oeuvre débarquait sur la toile cinématographique. Interdit pendant 15 ans aux Etats-Unis, 8 ans en France, 22 ans en Finlande et 25 ans au Royaume-Uni, il réussit enfin à sortir sur grand écran, avec dans la majorité des cas une interdiction aux moins de 18 ans.
Faut dire que le film envoie quand même le pâté. Pourtant, on ne voit rien de franchement dégoûtant à l'image. Pas d'amputation, pas de scène explicite, ni quoi que ce soit qui fourmille sur nos écrans aujourd'hui ! Massacre à la tronçonneuse officie plus dans une violence suggérée, et pose une ambiance profondément macabre tout au long du métrage.



Ce qui a certainement emmerdé les commités de censure, c'est que le film ne soit pas purement fictif, mais se basant sur des faits réels. Le personnage de Leatherface est en fait inspiré par Ed Gein. Le Ed en question se disait lui-même nécrophile. Il a été arrêté pour profanation de tombes, puis, la police découvrit chez lui 15 cadavres de femmes. Officiellement, seuls deux meurtres lui ont été attribués, ce qui signifie que le bougre n'opérait pas seul. Vraisemblablement, quelqu'un d'autre s'amusait à embêter de la jeune fille avec lui. Mais ce quelqu'un d'autre n'a jamais été retrouvé. Peut-être est-il en face de votre porte, ou entré par effraction chez vous, à l'heure qu'il est... Regardez derrière vous... Vous êtes sûr(e) de ne pas avoir entendu quelque chose ?


Mouahaha ! Bref, trève de blague (êtes-vous sûr(e) qu'il s'agisse d'une blague ?), et continuons notre petit récit. La polémique du film parle aussi d'une réelle crise d'hystérie, lors de la scène du dîner, de la part de Marilyn Burns. Hooper l'aurait volontairement poussée à bout pour donner plus d'authenticité à la scène. Vous me direz, Kubrick a fait la même chose avec Shelley Duvall dans Shining.




Pour les quelques incultes n'ayant pas vu ce film (la honte pèse sur vous !), je vais synopsiser un peu la chose :  5 amis faisant route vers la Californie pour y passer des vacances traversent un Texas désertique et avec plus de vaches que d'êtres-humains aux alentours. Après avoir pris un étrange jeune homme en stop, le groupe lui somme de descendre lorsque celui-ci commence à se mutiler avec un couteau. Il s'en prend à Franklin, handicapé, et lui taillade la main. Descendu du van, il laisse une marque avec son sang sur la carrosserie, ce qui éveille les soupçons de Frank'. A la recherche d'essence, les jeunes s'arrêtent à une station pour en réclamer. Hélas, la livraison ne pourra se faire que le lendemain. Ne pouvant pas attendre, ils se rendent vers une maison, d'où provient le son d'un générateur d'électricité, dans l'espoir de pouvoir être dépannés en essence. Devinez qui se cache dans la maison ?




Quand je lis que certaines personnes préfèrent le remake gnan-gnan de ce chef-d'oeuvre du genre parce qu'il accumule plus de scènes gores, je me fends la poire quelque chose de concret !
Là où le remake cible des ados en mal d'hémoglobine (et s'en sort ma foi très bien dans son genre, preuve en est, il fait du fric et on en parle), l'original privilégie un public adulte, et torture le cerveau de qui veut bien entrer dans son jeu. Ici, on a affaire à une bande d'une violence psychologique hors du commun, à l'ambiance poisseuse et puante, donnée par une bande-son grinçante et un grain à l'image qui ressemble étrangement à la chaîne d'une tronçonneuse passant incessamment devant nos yeux.




Terrifiant récit des rebuts de la société, des choses cachées et inavouées par celle-ci (Il est dit, et cela en devient ironique, que des choses comme ça ne peuvent pas avoir été commises par des texans... Ben voyons !), Massacre à la tronçonneuse n'est pas le genre de film qu'on nous sert aujourd'hui à dose de gore cul-cul. Ici, la plupart des scènes sont suggérées, comme dit plus haut, et donnent au spectateur l'occasion de faire marcher sa caboche, ce qui renforce d'autant plus l'effet terrorisant de la chose.
A ceux qui trouvent le film mal filmé, il est au contraire parfaitement réalisé par Hooper. Ces contre-champs, ces plans sur un soleil couchant symbolisant le crépuscule des vies, des idéaux et l'aube de la folie ravageuse de nos temps. Ces gros plans sur Marylin Burns qui sombre littéralement dans la folie et qui, à la fin, comme une enfant, rit comme si elle avait gagné à un jeu, tandis que Leatherface danse comme s'il était l'autre bambin perdant, se consolant d'avoir perdu. J'y vois également une danse macabre clôturant ces atrocités, me faisant penser à celle du Septième sceau de Bergman...
A voir absolument, ne serait-ce qu'une fois dans sa vie.



_______________________________________________________________
Le journal vous propose :

Carrie au bal du diable (1976)
Brian De Palma
Black Swan (2010)
Darren Aronofsky

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire