Est-ce justifié ? Pas le moins du monde, Droogie. Et le problème, c'est que des bandes comme les récents Enter the Void ou Antichrist (même si ce dernier a eu des soucis avec des associations de crétins franco-conservateurs), ont eu le droit à leur exploitation en salle.
Là où Ken Park fait mal, c'est dans sa justesse. En effet, Larry Clark est également photographe, et cela est palpable tout au long du film. Ce type perçoit des choses que seul un artiste digne de ce nom à la possibilité de ressentir. Selon Bergson, il est donc un vrai artiste.
Cet oeil qu'il pose sur le monde et la façon qu'il a de rendre compte de ce qui nous entoure est tout simplement bluffant.
Certes, il n'est pas seul derrière la caméra : n'oublions pas Edward Lachman, co-réalisateur. Lachman est aussi un chef opérateur de très grand talent, ayant bossé sur Virgin Suicides et Simone, pour ne citer qu'eux.
Mais Ken Park est le film de Larry Clark qui m'a étonnemment le moins branché. Peut-être parce que ce n'est pas du pur Larry Clark mais qu'il y a également mister Lachman qui est venu mettre la main à la patte. Mais loin de moi l'idée que le film soit mauvais ! Oh putain non ! Ca reste bien au-dessus de la merde qu'on trouve le moyen de nous pondre chaque année mon cher Droogie !
Ken Park est avant tout un film difficile à comprendre si le vécu n'est pas là. Si on ne regarde le film qu'en tant que spectateur, non comme acteur. Il faut considérer le film comme personnage interne, non externe et encore moins omniscient ! Et se laisser aller, pour voir son moral se casser la tronche une nouvelle fois, comme dans tous les Clark.
Car le film commence mal. Le gentil Ken Park (personnage éponyme) se rend tâter les modules du skate park municipal avec son skate, un sac à dos contenant une caméra, et, nous le verrons quelques minutes plus tard, un flingue, qu'il se foutra tout sourire sur la tronche avant d'appuyer sur la détente. C'est ainsi que commence Ken Park. Cool non ? Un ado' content à l'idée qu'il va se suicider. Du pur Larry Clark.
Au milieu de parents blasés, par rapport auxquels les jeunes ne peuvent même pas prendre modèle (euh ouais ... regardez le père du petit Claude qui, complètement déchiré, vient pomper le dard de fiston pendant que celui-ci est en train de pioncer, se réveillant en voyant son père en train de lui faire une fellation. Glorieux hein ?). On aura droit au jeune qui se strangule tout en se masturbant pour décupler son plaisir et ensuite aller buter ses grands-parents à coups de couteau dans leur sommeil, à la mère de famille qui se tape le jeune voisin, au père qui démonte littéralement le copain et sa fille pieuse quand il la surprend en train de faire une fellation au jeune homme (décidément, Ken Park et les pipes, ça va de pair !) pour finir sur une scène finale superbe typiquement Clark, et pour la première fois dans son oeuvre, une vraie lueur d'espoir. Les 3 adolescents, ici, ont des rêves.
Je regrette de ne m'être cependant pas assez attaché aux personnages, et de trouver un scénario restant parfois quelque peu superficiel quant à certains sujets. Mais les acteurs (ce sont des amateurs !!!), et la photo (merci à vous, Lachman et Clark, bordel ..) sont d'une qualité exemplaire. Tout ça pour dire une chose : Longue vie au cinéma indépendant et à Larry Clark !

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