Oui, oui, t'inquiètes pas mon coco, je balance la sauce... Alors, La classe ouvrière va au paradis, c'est un film réalisé par Elio Petri, un rouge bien comme il faut, qui aurait certainement ciré les pompes de Gramsci, son compatriote mort en 1937. Faut aussi dire qu'en 70', le climat était assez hostile chez les mangeurs de spaghettis, avec plusieurs attentats terroristes de militants d'extrême-gauche (La Piazza Fontana, la gare de Bologne). Alors Petri s'est dit : "Tiens, si j'enfonçais le clou en montrant des ouvriers exploités jusqu'à en perdre les doigts ?". Allez, banco la production, ça pourrait carrément le faire ! Et c'est ce qui s'est fait. Le film s'inscrit dans un "cycle de portraits" qu'a établi le réalisateur italien, avec Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, Todo Modo et La propriété, c'est plus le vol. L'ennui, c'est que le journaliste a cru qu'il rédigeait encore des articles, et nous a pondu une production plus documentaristique que cinématographique.
La classe ouvrière va au paradis conte l'histoire d'un employé trentenaire, bossant à la chaîne dans une usine italienne. Acharné au travail, ses collègues le voient d'un mauvais oeil, et l'ambiance au travail se dégrade quelque peu. Jusqu'au jour où il se fait couper une phalange par une machine, en tentant d'augmenter son rendement. Alors, des grèves et des mouvements de protestation éclatent. Notre protagoniste entre dans un syndicat de gauchistes extrémistes. Après avoir perdu son travail, sa femme le quitte, puis une grève de la part des employés est menée en solidarité pour notre bon monsieur s'étant fait virer.
Me voilà assez perplexe. La Classe ouvrière va au paradis est le genre de film que, de manière habituelle, j'apprécie fortement. Hélas, mon sentiment relève plus de la lecture d'un journal, plutôt que d'avoir vu une oeuvre cinématographique.
Je veux dire par là que le réalisme du film est certes très bien constitué, mais à ce niveau-ci, ça l'est trop. L'aspect documentaire est trop développé pour qu'une réelle immersion puisse s'opérer, et la bande sent de très loin l'encre utilisée pour imprimer l'article d'une revue communiste.
Passé cela, nous avons affaire à un acteur prenant et incarnant son rôle avec talent, mais le reste du métrage tombe dans une linéarité qui peut laisser de marbre, ou au contraire, passionner. Personnellement, j'ai été à la fois passionné, et ennuyé. Passionné par l'atmosphère se dégageant de la bande, et par tous ses sous-entendus. Mais j'ai également été ennuyé par ses longueurs de reportage rétro et journalistique. Ce film est tout de même intéressant, typique de son époque, mais ne mérite pas non plus une palme d'or ou d'être exposé au rang de chef d'oeuvre.



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